L’automobile en Rhône-Alpes

Un foisonnement de constructeurs automobiles

Berliet : L'automobile en Rhône Alpes (IDB002)

L'industrie automobile naît à la fin du XIXe siècle; c'est en Allemagne et en France qu'apparaissent les premiers modèles de voitures sans chevaux. Tout est alors à inventer. Mécaniciens et ingénieurs imaginent des solutions techniques telles que le moteur à explosion, la boîte de vitesse ou le volant, autant d'innovations pour l'époque qui sont toujours à la base des véhicules automobiles aujourd'hui.

Le goût pour la mécanique et tout ce que représente l'automobile suscite en France une débauche d'ingéniosité et de talent; près de 600 marques sont créées au cours de la seule année 1900. La plupart de ces constructeurs s'établissent autour de deux grands pôles: Paris et Lyon. Entre la fin du XIXe siècle et le début du XXe, pas moins de 200 constructeurs de véhicules automobiles s'implantent dans la région Rhône-Alpes, dont près de 150 à Lyon. Comment expliquer ce phénomène?

Différents facteurs entrent en ligne de compte. Tout d'abord, la présence de matières premières telles que le fer et le charbon disponibles en abondance, ainsi que la houille blanche dont la région Rhône-Alpes est, à l'époque, le premier producteur. Mais on constate également que les industries mécaniques lyonnaises ont hérité d'une vieille tradition de transformation de métaux, liée aux sidérurgistes stéphanois ou rivois (Isère), notamment des tréfileries et des forges à Oullins, à Chavanoz (Isère) et à Pont-de-Chéruy (Isère). A la fin du XIXe siècle, à La Buire, la société Parent-Schaken construisait et réparait des wagons pour le PLM, compagnie de chemin de fer reliant Paris, Lyon et la Méditerranée. La société Diederichs de Bourgoin s'était spécialisée, dès 1884, dans la construction et la vente de métiers à tisser. Ces compétences mécaniques notoires bénéficiaient de la présence d'un bon système de formation, avec en particulier l'Ecole Centrale et l'Ecole de la Martinière.

En outre, la multiplication des métiers à tisser mécaniques libère, en cette fin de XIXe siècle, une importante quantité de main-d'oeuvre qualifiée. Un atout de taille pour le développement dans la région de la toute jeune industrie automobile. Enfin, l'existence de capitaux importants au niveau régional permettra d'effectuer, sur une période très courte, les énormes investissements nécessaires au développement d'un nouvel outil industriel.

Tout naturellement, les premières manifestations d'une industrie lyonnaise de l'automobile ont pour cadre les ateliers spécialisés dans la construction de machines à vapeur et de cycles, dont Lyon et Saint-Etienne sont, à la fin du XIXe siècle, des centres renommés. La première voiture lyonnaise à entrer en service est celle de Pierre Gabert; livrée en 1883 à l'entreprise de transport le Fourgon stéphanois elle servait à convoyer des passagers. La seconde, modèle de plaisance à trois roues, est réalisée en 1887 par Marius Patay, fabricant de cycles, qui s'illustrera par la suite dans la construction de moteurs électriques. Entre 1890 et 1900, la fabrication industrielle d'un véhicule routier à vapeur est reprise par les chantiers de La Buire, mais l'avenir appartient désormais au moteur à explosion.

En cette fin de XIXe siècle, le moteur à pétrole se perfectionne peu à peu. A Lyon, dès 1885, Mieusset réalise un prototype équipé d'un moteur à explosion comportant trois cylindres. Mais les premiers véhicules automobiles dotés d'un moteur à explosion réellement fiable sont réalisés l'année suivante en Allemagne par Carl Benz d'une part, et Daimler & Maybach de l'autre. Face au peu de succès que remportent ces constructeurs dans leur propre pays, ils se tournent vers la France où, au début des années 1890, ces innovations se développent grâce à l'activité d'Emile Roger qui importe les automobiles Benz, et à Panhard & Levassor ou Peugeot qui utilisent les moteurs Daimler pour leurs propres voitures. Dès lors, à petite échelle, des véhicules automobiles équipés de moteur à explosion sont produits et vendus en France. A eux trois, ces pionniers livrent environ 160 voitures en quatre ans.

A Lyon, les premiers constructeurs de voitures à pétrole sont Edouard Rochet et Emile Lavirotte. En 1892, Rochet fabricant de cycles associé à Schneider, construit dans les ateliers du chemin Feuillat, à Lyon, un tricycle à pétrole. En 1893, Emile Lavirotte, Maurice Audibert et une vingtaine d'ouvriers mettent au point dans un petit atelier improvisé à Monplaisir une voiture à moteur à explosion horizontal.

Mais dans cette recherche d'une adaptation réciproque des moteurs et des véhicules, que l'on perçoit chez tous les constructeurs de l'époque, les solutions continuent à venir de Paris, soit de la firme De Dion-Bouton, spécialiste du tricycle, soit de Panhard & Levassor. Certains constructeurs lyonnais s'inspirent des tricycles De Dion-Bouton et réalisent des modèles légers: de 1898 à 1901, Anatole Teste et Jules Moret, tréfileurs d'acier dur à Vaise, fournisseurs des fabricants de cycles de la région, construisent des vis-à-vis, équipés de moteurs Aster et De Dion-Bouton, baptisés les Mouches. De 1898 à 1905, les frères Rochet, les plus anciens constructeurs lyonnais de vélocipèdes, livrent des voiturettes de 200kg. En voulant accroître le confort et la puissance, d'autres constructeurs augmentent le poids de leurs véhicules. C'est le cas des automobiles de la maison Audibert & Lavirotte dont les châssis peuvent être carrossés en double phaéton dès 1899. Entre ces deux modèles, l'un très léger mais peu confortable et l'autre beaucoup plus lourd, le vis-à-vis Rochet-Schneider réussit le meilleur compromis. De plus, la transmission se fait, dès 1900, par cardan au lieu de chaînes. A l'aube du XXe siècle, la maison Rochet-Schneider propose sans doute la meilleure voiture automobile, parmi les constructeurs présents dans la région.

A la veille du premier conflit mondial, la région lyonnaise a consolidé sa place de second centre de l'automobile en France et ce que l'on appelle l'Ecole lyonnaise comprend une quinzaine de marques en 1914: Berliet, Chambon, Gras, Cognet-de-Seynes, Cottin & Desgouttes, Crochat, Diederichs , La Buire, Luc Court, Lunant, Mieusset , Philos, Pilain, Reinhard, Rochet-Schneider , Vermorel. Ces constructeurs représentent à l'époque un total de 5000 à 6000 ouvriers et une production annuelle que l'on peut estimer entre 5000 et 6000 voitures, contre 900 seulement dix ans plus tôt.