Imaginer le futur : les modèles phares

Gamme Meccano, Stradair, TX 40 et PR 100, les modèles Berliet qui ont révolutionné le transport routier

Berliet - Imaginer le futur, les modèles phares (IDB011)

 

Les modèles Berliet emblématiques de l’après-guerre

Le produit à concevoir pour demain est le résultat d’une démarche complexe qui doit tenir compte de divers paramètres, comme les futurs besoins et aspirations du client, les contraintes de fabrication ou l’évolution éventuelle de la législation. Les choix stratégiques engagent le long terme et affectent l’ensemble de l’entreprise. C’est ce type de démarche qui a conduit Berliet à concevoir de nouveaux produits. Dans certains cas, ces véhicules correspondaient bien aux besoins du public, dans d’autres, ces innovations, d’une grande portée technologique parfois, se sont soldées par des échecs commerciaux.

La gamme Meccano fait partie des grandes innovations Berliet de l’après-guerre. Elle résulte de l’application de la conception modulaire, c’est-à-dire de l’utilisation de composants communs à plusieurs types de véhicules. Cette standardisation permet une rationalisation des investissements, des stocks de fabrication et des pièces de rechange, ce qui entraîne une réduction du prix de revient, une meilleure qualité, un service au client plus performant. Nouveau moteur et nouvelle cabine caractérisent cette gamme: le camion GLR 8 sort en 1949, le GLC 6 en 1951, le GLM 10 en 1953. La carrière du GLR sera exemplaire: 37 ans de bons et loyaux services, pour ce véhicule mythique ayant porté l’emblème Berliet, puis le losange Renault. Quant au GLM, il sera construit en Chine jusqu’en… 1997.

L’histoire du Stradair est bien différente. Au début des années soixante, le marché de la livraison urbaine connaît une forte expansion. Berliet, solidement implanté dans les véhicules de moyen et gros tonnage, décide de créer un véhicule de 3 à 5 tonnes de charge utile, catégorie où se trouve le gros de ce marché. Après trois années d’études, le Stradair est lancé. Il est doté d’une suspension révolutionnaire, comprenant 6 coussins d’air et 4 ressorts. Cette suspension "airlam" et un puissant moteur de 120ch autorisent des performances inhabituelles pour la catégorie. Pourtant le Stradair ne sera qu’un demi-succès, en raison d’un changement dans la réglementation du transport en zone urbaine, avec une limitation à 9m2 de la surface au sol autorisée, pénalisant le 5 tonnes Berliet et son long porte-à-faux avant… La suspension pneumatique sera ensuite utilisée par Berliet dans d’autres applications comme les autobus, mais le Stradair n’aura pas eu la carrière qu’il méritait.

Une destinée similaire caractérise le dumper TX 40. Ce prototype Berliet d’engin de terrassement propose, dès 1964, un système de propulsion hybride, comportant un générateur électrique qui fournit la puissance aux 4 roues. Le basculement de la benne est assuré par l’avancée du train arrière moteur. Cet engin de science-fiction est doté d’une suspension hydraulique. En raison de la forte concurrence américaine, Berliet n’a pas cherché à commercialiser le TX40. Dommage, lorsque l’on constate qu’aujourd’hui tous les dumpers américains de gros tonnage ont des moteurs électriques dans les roues, et que cette solution, permettant l’abaissement du plancher et la suppression de la boîte de vitesses, est particulièrement bien adaptée au transport urbain.

C’est d’ailleurs dans ce secteur que Berliet va connaître une autre réussite: le PR 100. Cet autobus révolutionnaire adopte, dès 1970, le moteur placé à l’arrière, ce qui présente de nombreux atouts. Cette disposition originale diminue les nuisances liées aux bruits, aux odeurs, à la chaleur à l’intérieur du véhicule, et permet d’abaisser le plancher, ce qui facilite la circulation des voyageurs. La suspension est pneumatique: on retrouve ici le système Airlam du Stradair. En France comme à l’étranger, le PR100 va connaître un vif succès. La fabrication de cet autobus, poursuivie par Renault Véhicule Industriel, ne cessera en France qu’en 1999 et a continué jusque très récemment, en Algérie et en République tchèque, chez Karosa. On constate que, 30 ans après sa sortie, tous les constructeurs mondiaux ont adopté le plancher bas, le moteur à l’arrière et la suspension pneumatique pour leurs autobus: des solutions adoptées par Berliet dès 1970.