Les conflits sociaux

Les relations sociales chez Berliet : une histoire passionnelle et mouvementée

Berliet - Les conflits sociaux (IDB014)

Les conflits sociaux chez Berliet

Plusieurs grandes crises sociales ont marqué l’histoire de Berliet. Divers facteurs politiques les expliquent. De même, la forte personnalité du créateur de la marque y fut sans doute pour quelque chose, mais on est forcé d’admettre que le poids économique de cette entreprise a souvent constitué un enjeu lors des grandes crises sociales. Tout au long de son histoire, Berliet représente un symbole. Pour les syndicats, gagner à Vénissieux, c’est s’assurer un avantage décisif…

La première grève chez Berliet date de 1906, mais le conflit le plus important de l’époque se situe en 1912, année où Marius Berliet décide d’introduire le chronométrage dans son entreprise. Il s’agit d’une vraie révolution, c’est le début du taylorisme: le chronométrage casse les habitudes des ouvriers par la mesure du temps opératoire. On sort de l’artisanat pour entrer dans l’ère industrielle, mais les travailleurs de Berliet ressentent cette contrainte comme une atteinte à leur liberté.

En fait, Marius Berliet cherche surtout à mettre en évidence les temps non productifs: temps d’attente, de manutentions inutiles, où il y a beaucoup plus à gagner que sur les temps opératoires eux-mêmes. Mais cette mutation est mal préparée, mal expliquée. Dans un premier temps, la résistance est individuelle: les ouvriers s’arrêtent de travailler lorsque se présente le chronométreur. La grève s’étend à tous les ouvriers mais se solde par un échec.

Ce premier conflit est emblématique: tout au long de l’histoire de la marque, des tensions opposeront la population ouvrière et les chronométreurs. La seconde grande crise date de 1936. En mars, les outilleurs de l’atelier tôlerie et de l’emboutissage revendiquent un meilleur salaire. La grève s’étend et devient totale. Marius Berliet ferme l’usine, inscrivant lui-même sur la porte du hangar C: "fermé pour cause de grève". En raison de son intransigeance, les journaux de gauche l’appellent le "patron de combat": le temps passe mais il se refuse à céder quoi que ce soit. Le 10 avril 1936, 2000 ouvriers ont repris le travail. C’est la fin de ce mouvement d’une ampleur sans précédent. Berliet appliquera les accords de Matignon du 7 et 8 juin 1936 dans la branche de la métallurgie du Rhône.

Au sortir de la guerre et après quatre ans "dexpérience Berliet", l’entreprise vit une période de forte expansion, avec un effectif de 17000 personnes en 1967. De 1967 à 1974, les effectifs augmentent de 1000 personnes par an, et en 1973, A.M.Berliet fait partie des industries françaises les mieux exportées avec 50% de sa production vendue à l’étranger. Jamais Vénissieux n’aura autant mérité son surnom de "cité du poids lourd", mais la concentration des ateliers et des services sur un même site s’avère problématique dans la gestion des conflits sociaux. Avec quelques ouvriers bien placés, à l’atelier de peinture par exemple, il est possible de paralyser l’entreprise… De façon à rapprocher le travail des bassins d’emploi régionaux, la direction de Berliet déplace certaines activités sur plusieurs sites: Bourg, Chambéry, Saint-Etienne et L’Arbresle.

Mais ces initiatives n’empêcheront pas Berliet d’être touché comme tous les autres par la crise sociale de 1968. Cette fois, la grève dure six semaines: l’usine de Vénissieux est occupée et sert de foyer de propagation pour l’ensemble de la région lyonnaise. Ce sera le dernier conflit d’importance de l’histoire de Berliet.