La naissance d’un industriel : Berliet

La naissance d’un industriel : les débuts de Berliet

Berliet - La naissance d'un industriel : Marius Berliet (IDB003)

Parmi tous les constructeurs automobiles de la région Rhône-Alpes, un seul va devenir un grand industriel; il se nomme Marius Berliet. Né à Lyon, en 1866 dans le quartier de La Croix-Rousse, il est l'aîné d'une famille de sept enfants appartenant à la Petite Eglise, fraction des catholiques qui ont refusé de reconnaître le Concordat de 1801. A 15 ans et demi, il rejoint l'atelier paternel de fournitures de chapellerie. Tout en suivant des cours du soir à la Société d'enseignement professionnel du Rhône, Marius Berliet développe l'atelier et assouvit son goût pour la mécanique. À 28 ans, il construit son premier moteur dans un atelier de 25m2. Et en moins d'une année, le monte sur une voiturette également conçue et construite par lui.

En 1899, après la mort de son père, il laisse à son frère Benoît la responsabilité de l'atelier familial Berliet & Bellet et se consacre totalement à l'automobile. En 1902, il saisit l'opportunité de la vente des usines Audibert & Lavirotte à Monplaisir, représentant 10000m2 dont 5000m2 couverts et un effectif de 250 personnes. Il peut se porter acquéreur grâce au prêt de 50000 francs or (environ 3 millions d'Euros) d'un soyeux: M. Giraud qui de ce fait prend le statut d'associé, Marius Berliet apportant ses compétences industrielles. Il dispose dorénavant d'un vrai potentiel industriel. En 1905, l'usine compte 550 ouvriers et 13000m2 d'ateliers couverts. En 1907, le site s'étend sur 25000m2; l'usine emploie 1200 ouvriers et produit 1200 châssis. En 1912, Marius Berliet fait l'acquisition des terrains de Vénissieux-Saint-Priest sur 400 hectares au final, dans le but de construire une nouvelle usine.

Pour répondre aux besoins de la clientèle, Marius Berliet a tout de suite choisi de fabriquer des voitures simples, légères et économiques. Il est conscient que la construction automobile doit sortir de l'artisanat. Alors que d'autres constructeurs réalisent encore des voitures "sur mesure", souscrivant aux plus petites exigences du client, Marius Berliet applique la formule: "Le client paie et emmène sa voiture de mon choix". L'organisation même de l'usine répond à cette volonté: produire d'une manière rationnelle un nombre limité de modèles. Dans le but d'augmenter le volume de fabrication tout en abaissant le prix de revient, on applique très tôt les principes de la pision du travail en ateliers spécialisés: atelier de chaudronnerie, atelier des machines-outils, usinage des bruts, atelier de montage des moteurs et boîtes de vitesses, atelier de forge et de traitement thermique, atelier de montage des châssis. Enfin, les matières premières comme de produits semi-usinés sont achetés dans la région, principalement dans le bassin de Saint-Etienne.

Un autre élément permet d'expliquer le développement rapide de Berliet: de stricts contrôles de qualité. A une époque où l'on propose au client un bouleversement dans ses habitudes aussi radical que celui de conduire une automobile plutôt qu'une voiture à cheval, il est essentiel d'offrir des produits rassurants. Chez Berliet, on applique "le concept de qualité totale". On rejette les solutions techniques aventureuses, on construit du robuste, des voitures simples, faciles à entretenir. Au plan de la production, un soin tout particulier est apporté dans le choix des matériaux et des fournisseurs. Marius Berliet accorde également une grande importance à l'utilisation des machines-outils. Dès 1906, ce parc s'élève à 500 unités, un nombre exceptionnel pour l'époque.