L’usine modèle : Monplaisir

La création et l’expansion de la première usine Berliet

Berliet - L'usine modèle : Monplaisir (IDB005)

A partir des ateliers Audibert & Lavirotte acquis en 1902, Marius Berliet entame la conception d'un établissement industriel intégré permettant d'obtenir des conditions optimales de production, de qualité et de prix de revient. En novembre 1907, cette usine est présentée par les chroniqueurs automobiles Frantz Reichel, du Figaro, et Frank Mapper, de La Vie au grand air, comme le type même de l'usine modèle:

"L'usine de Monplaisir s'étend sur 25000m2 derrière une magnifique façade dont les hautes baies ouvrent sur des bureaux spacieux; en face 10000m2 sont en train d'être couverts. La partie commerciale et la partie technique sont séparées; chacune a son entrée distincte. L'effectif est de 1200 personnes. Le magasin est au centre même de l'usine à l'angle de deux immenses couloirs couverts sur lesquels ouvrent les ateliers. Le vaste hall des machines-outils compte 500 machines. Les différents ateliers, ajustage, montage offrent un spectacle d'ordre et de travail."

En 1913, avec la construction de l'usine B de 27000m2 et l'agrandissement de l'usine A à 20000m2, l'ensemble atteint 5 hectares. Monplaisir occupe 3200 ouvriers et produit 4000 châssis de voitures de tourisme et de poids lourds. La distribution des ateliers permet de suivre constamment la voiture dans ses évolutions depuis l'arrivée des matières premières jusqu'à la sortie. Compte tenu des tolérances des machines de l'époque, un important travail d'ajustage est nécessaire pour assembler un véhicule complet à partir d'un châssis et de ses différents sous-ensembles.

Les ouvriers employés à Monplaisir occupent donc pour l'essentiel la fonction d'ajusteur. Viennent ensuite les usineurs, les tourneurs, les fraiseurs, les perceurs, et les manoeuvres. La plupart des ouvriers viennent de Lyon, l'usine étant desservie par une ligne de tramway passant devant l'usine, avenue Berthelot. A l'origine, les différentes pièces nécessaires à la fabrication d'une voiture étaient usinées dans plusieurs ateliers spécialisés puis assemblées dans un autre sur un poste fixe assurant le montage final. Mais avec l'arrivée des machines à grande vitesse, les ouvriers professionnels deviennent moins importants, ce qui permet d'introduire le chronométrage dès 1912, une révolution à l'origine des conflits sociaux de l'époque.

Au début de la Première Guerre mondiale, la construction des usines C de 23000m2 et D de 29000m2 permet la constitution d'un ensemble de près de 10 hectares. La production s'élève alors à 3500 véhicules par an, mais la fabrication d'engins de guerre ou d'obus oblige à stopper la sortie des voitures. Dès 1915, les besoins militaires deviennent considérables. Pour y faire face, l'effectif augmente continuellement pour atteindre 7000 personnes en 1918. En 1920, les fabrications mécaniques et l'assemblage des camions sont transférés à Vénissieux. L'usine idéale, sur le plan industriel, du début du siècle ne jouera plus désormais qu'un rôle d'appoint, en conservant le bureau d'études, la fabrication des outillages et des machines-outils et le stockage des pièces de rechange, ainsi que les services commerciaux et l'école d'apprentis.